Ces dernières années, la musique africaine s’est de plus en plus orientée vers une dimension mondiale. Les artistes ne s’adressent plus uniquement à un public local, mais élaborent des projets destinés à circuler entre différents pays, langues et contextes. C’est dans ce contexte que s’inscrit XX, le nouvel album de Fally Ipupa. Sorti vingt ans après le début de sa carrière solo, ce projet n’est pas seulement une célébration. C’est aussi un moyen de redéfinir sa place au sein d’une scène musicale qui, entre-temps, a évolué.
Un son hybride
D’un point de vue musical, XX ne se limite pas à un seul genre.
La base reste celle de la musique congolaise, en particulier la rumba et le ndombolo. Cependant, ces éléments s’intègrent dans des productions qui rappellent l’afropop contemporain, le R&B et, dans certains cas, des sonorités plus proches de la pop internationale.
Il en résulte un son hybride. Certains morceaux conservent une structure plus ancrée dans la tradition, tandis que d’autres sont conçus pour une écoute plus immédiate et internationale.

L’album alterne en effet entre différents genres et ambiances. On passe de morceaux plus entraînants comme « Cinéma », premier titre présenté au public, ou « Pépélé », caractérisé par un rythme énergique qui combine des éléments de trap et des mélodies afro-congolaises, à des morceaux plus lents et mélodiques. Les morceaux « Petit Cœur » et « Adieux »en sont un exemple, où Fally rappelle à ses fans pourquoi il est considéré comme l’un des meilleurs paroliers et artistes romantiques que la RDC, voire l’Afrique entière, ait jamais produit.
Cette alternance contribue à rendre le projet accessible à différents publics, sans se limiter à un seul registre.
Les collaborations comme stratégie
Un autre élément central réside dans la présence de nombreuses collaborations.

L’album rassemble des artistes issus de scènes différentes, tels que Guy2Bezbar, Joé Dwèt Filé, Angélique Kidjo et le producteur sud-africain DJ Maphorisa, figure clé de la diffusion de l’amapiano.À cela s’ajoute également la collaboration avec Wizkid sur le titre « Jam », une présence significative compte tenu de son rôle sur la scène afropop mondiale.
Ces collaborations ne sont pas seulement un élément musical. Elles fonctionnent comme une stratégie précise, qui permet à l’album de s’insérer dans différents circuits et d’atteindre un public plus large.
Langue et public
Cette ouverture se retrouve également dans l’utilisation des langues.
Au sein de l’album, le lingala et le français s’alternent principalement, avec quelques incursions en anglais dans des morceaux spécifiques comme « Alifa ». Il ne s’agit pas seulement d’un choix artistique, mais d’un élément qui contribue à définir le public auquel s’adresse le projet.
Le lingala maintient un lien direct avec les racines et la scène congolaise, tandis que le français permet à l’album de s’inscrire dans un espace plus large, qui dépasse la RDC et s’étend au monde francophone. L’utilisation de l’anglais, bien que plus limitée, marque quant à elle une ouverture supplémentaire vers un public international.
Cette alternance reflète une dynamique précise : celle d’un artiste qui cherche à évoluer entre différents contextes, en maintenant un équilibre entre identité locale et rayonnement mondial.
Entre polyvalence et adaptation
Un autre aspect marquant de XX est cette volonté d’expérimenter.
Fally Ipupa évolue entre différentes sonorités, faisant preuve d’une certaine capacité d’adaptation aux tendances contemporaines. Le titre « Alifa », réalisé avec DJ Maphorisa et TRESOR, en est un exemple : l’artiste s’y confronte à une base amapiano.
Il s’agit d’un domaine moins central dans son parcours, mais qu’il parvient néanmoins à intégrer à son style. Ce type de choix renforce l’idée d’un artiste qui ne se cantonne pas à une seule identité musicale, mais qui cherche à évoluer.

Un album de transition
Dans l’ensemble, XX oscille entre continuité et changement.
Ce n’est pas un retour aux sources, mais pas non plus une rupture nette. Il s’agit plutôt d’une tentative de concilier deux dimensions qui coexistent aujourd’hui dans la musique africaine : la dimension locale et la dimension mondiale.
En ce sens, l’album ne raconte pas seulement le parcours de Fally Ipupa, mais aussi une transformation plus large, qui concerne la manière dont les artistes africains construisent leur musique et leur public.Plus qu’une simple célébration, XX se présente donc comme un projet tourné vers l’avenir, cherchant à définir quelle pourrait être la place de Fally Ipupa dans une scène musicale de plus en plus internationale.
Écouter XX, c’est entrer dans cet équilibre entre racines et ouverture, et saisir les directions que prend aujourd’hui la musique africaine.
C’est pourquoi nous invitons nos lecteurs à écouter l’album et à se forger leur propre opinion sur ce magnifique projet, qui nous rappelle pourquoi Fally Ipupa est considéré comme l’un des meilleurs artistes africains.




