Tyla et le syndrome du second album : virage pop audacieux ou piège de la globalisation ? 


Il y a une malédiction bien connue dans l’industrie musicale : celle du deuxième album. Après avoir fait exploser les compteurs mondiaux avec Water, titre qui s’était hissé jusqu’à la 6ᵉ place du Top 50 Global Spotify et qui lui a valu le tout premier Grammy Award de la meilleure prestation musicale africaine, Tyla a su imposer la « popiano » comme la nouvelle bande-son de la jeunesse et se retrouvait face au plus grand défi de sa jeune carrière.

Comment confirmer sans se répéter ? Comment séduire le marché américain sans perdre l’essence sud-africaine qui a fait sa magie ? La réponse de l’artiste réside dans son nouveau projet A*POP, un album qui, depuis sa sortie, divise profondément la critique comme le public, oscillant entre baisse de dynamisme sur Spotify et débats enflammés sur la toile.

La tentation du « smooth R’n’B » et le rejet des puristes

Ce qui déstabilise dès la première écoute, c’est ce virage délibéré vers une pop internationale aux touches de « smooth R’n’B ». En cherchant à calibrer sa musique pour les radios américaines et les playlists globales, Tyla semble avoir volontairement mis en retrait les percussions lourdes et le grain organique de l’Amapiano. Des morceaux comme « That Girl » ou « Kiss » cherchent l’efficacité immédiate mais manquent de cette texture brute qui avait fait le succès de ses débuts.

Pour une grande partie de sa fanbase, ce choix s’apparente à une dilution d’identité. Le constat s’est d’ailleurs reflété sur Spotify le jour de la sortie : alors que son premier album éponyme propulsait immédiatement les titres « Truth or Dare » et « ART » dans le Top 50 Mondial, aucun des nouveaux morceaux de A*POP n’a réussi à percer ce même classement le jour J, signant des démarrages timides par rapport aux attentes de l’industrie. 

C’est douze jours après sa sortie que A*POP fait son entrée dans les classements Billboard : première place de la liste des albums les plus populaires de la semaine, cinquième rang du Top Albums R&B, dixième du Top Albums R&B/Hip-Hop, et numéro 43 au Billboard 200. 

La pression de l’exportation et le piège du « patchwork »

Au-delà du son, c’est la structure même du disque qui pose question. L’album s’écoute davantage comme une suite de morceaux empilés qu’une œuvre pensée comme un tout cohérent. On passe de pistes introspectives comme « FEEL SOMETHING » ou « MR. NONCHALANT » à « SHE DID IT AGAIN », un duo calibré pour les charts occidentaux avec la popstar Zara Larsson, sans que l’on comprenne vraiment la destination finale de ce voyage. Parce que hormis cette chanson, l’album est exclusivement composé de collaborations sud-africaines. Que ce soit à travers « FAIRYTALE », une reprise réunissant Liquideep, interprète de la version originale, aux côtés de MaWhoo sur « CRAZY OF ME », ou encore à ceux de Babalwa M sur « I DON’T CARE ».

Pourtant, la volonté d’exportation de la jeune star était prévisible. Sur ses précédents projets, Tyla ouvrait déjà la porte à l’international en invitant des figures comme Travis Scott, Skillibeng ou Becky G dans son propre univers. La différence aujourd’hui est que la chanteuse ne se contente plus de faire venir la scène globale chez elle, mais s’immerge directement dans les codes pop extérieurs. 

L’erreur de parcours ou le début d’une nouvelle ère ?

Condamner cet album serait faire preuve d’une vision trop court-termiste. Tyla n’a que 24 ans, sa maîtrise vocale et son charisme restent intacts, notamment sur le hit CHANEL, et ce projet est avant tout le fruit d’une chanteuse qui refuse de rester prisonnière d’un seul genre ou d’un seul tube. Par contre, il correspond aussi au symptôme typique des artistes africains propulsés très vite au sommet international, subissant une pression des labels à sortir des hits immédiats, ce qui les pousse à multiplier les styles, au risque de livrer un projet où la vision artistique globale s’efface derrière l’efficacité industrielle. 

Ce second album n’est peut-être pas la claque instantanée que certains espéraient, mais il constitue une étape de transition inévitable. Tyla est en train de tester les limites de son art pour comprendre jusqu’où son Afrique du Sud natale peut conquérir le monde sans y laisser son âme.



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